Le Parlement européen a voté ce mercredi 16 avril, le Fonds européen pour les

Océans

Politique commune des pêches : du papier à la réalité

Le Parlement européen a voté ce mercredi 16 avril, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) l’instrument financier de la Politique Commune de la Pêche (PCP). Ceci met un point final au processus de réforme qui n’a lieu que tous les 10 ans.

Tournée européenne de l’Arctic Sunrise en soutien aux pêcheurs artisans (Mai 2013)

C’est la première fois que le Parlement participe à un tel processus et il semble bien qu’il ait joué un rôle positif. Repoussant les lobbys de l’industrie soutenus par leurs ministres de la pêche, il a su faire preuve d’ambition dans la lutte contre la surpêche.

Des avancés significatives

Malgré ses imperfections c’est probablement la meilleure réforme de la Politique commune des pêches en Europe depuis que celle-ci existe. Rappelons que l’Union européenne s’est fixé comme objectif de reconstituer les populations de poissons et de mettre fin à la surcapacité des flottes européennes. Par ailleurs, pour la première fois, la pêche artisanale est reconnue et des critères environnementaux et sociaux devront être mis en place pour l’attribution des quotas. C’est notamment grâce à la mobilisation européenne, à vous, que nous en sommes arrivés à ce résultat.

Il faut arrêter de financer les causes du problème

Mais pour que ces objectifs deviennent une réalité, il fallait que l’instrument financier de la PCP aille dans le même sens. Or le règlement qui vient d’être adopté, même s’il contient lui aussi des avancées en faveur de la défense du bien commun, est loin d’être parfait. Le fonds d’aide à la pêche permet de continuer à financer le secteur en accordant des aides directes à la « modernisation de la flotte », ce qui se traduit le plus souvent par la construction de nouveaux bateaux ou la sophistication de navires de pêche industriels, alors que les stocks de poissons ne peuvent aujourd’hui plus supporter cette pression.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Tout dépend maintenant de la façon dont les Etats européens vont mettre en œuvre cette réforme et avec quelle volonté politique ils vont s’attaquer à la surpêche. La France veut-elle vraiment sortir du cercle vicieux du maintien d’une trop grande puissance de pêche ? Les positions défendues par M Cuvillier, Secrétaire d’Etat à la pêche, permettent d’en douter. Il a continuellement défendu les intérêts d’une poignée d’industriels et tourné le dos aux acteurs de la petite pêche. M Cuvillier vient d’être reconduit dans ses responsabilités. Comment compte-t-il mettre en œuvre la réforme qui vient d’être adoptée ? Veut-il réellement se donner les moyens de sauver nos océans, et donc la pêche ?

Pour cela le gouvernement doit faire preuve de courage politique et porter un vrai changement, le statu quo n’étant pas une solution. Le temps n’est plus à la procrastination. Il est urgent d’agir, de mettre en place les critères qui vont permettre de progressivement réorienter l’accès au poisson à ceux qui pêchent de manière durable. La nouvelle PCP le permet, mais seulement si les gouvernements la mettent en œuvre.

C’est par des actes concrets que nous verrons si M. Cuvillier a une vision pour l’avenir de la pêche. Il lui faut privilégier le bien commun sur les intérêts privés à court terme de quelques armateurs, et donc faire des choix. En commençant par mettre en place des critères environnementaux, sociaux et économiques pour l’attribution des quotas de pêche, et en cessant de soutenir les pires pratiques ou le maintien voire le développement d’une puissance industrielle surdimensionnée.