Thon : l'Union Européenne nage à contre-courant

Alors que depuis plusieurs années, les dispositifs de concentration de poisson (DCP) sont accusés de servir une pêche meurtrière, l’Union européenne vient de présenter en amont de la prochaine session de la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) une proposition pour le moins déconcertante. Au lieu de mieux protéger les stocks de thon et l’écosystème marin, l’Union européenne propose au contraire d’ouvrir la porte à l ‘augmentation de ces néfastes engins de pêche.

On ignore combien de DCP sont déployés en mer

Jusqu’à présent, le nombre de DCP sur chaque bateau était laissé à la libre appréciation des opérateurs thoniers. A l’échelle mondiale, la gestion de la capacité des flottes de thoniers senneurs est si lamentable qu’on ignore la quantité exacte de DCP présents dans nos océans…

D’après une étude publiée par le Parlement européen en 2014, il y aurait environ 91 000 DCP déployés dans le monde. Il s’agit seulement d’une estimation (certainement basse…), les plans de gestion récemment approuvés par les organismes régionaux de gestion des pêcheries comportant souvent des clauses de confidentialité qui empêchent la publication de certaines données et préservent ainsi les intérêts de certains acteurs industriels.

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L’UE propose de « limiter » le nombre de DCP à 550 par navire…C’est quatre fois plus que les estimations actuelles !

L’UE a-t-elle fait une erreur de calcul ? Si les quelque 678 gros thoniers senneurs pêchant à plein temps le thon tropical décidaient de s’équiper de 550 DCP chacun, on compterait alors plus de 370 000 de ces engins dans nos océans – soit un chiffre quatre fois supérieur aux estimations du Parlement européen ! De plus, autoriser 550 DCP par navire dans l’océan Indien, d’où provient la plupart du thon en boîte vendu en France, pourrait créer un précédent susceptible d’être reproduit ailleurs… Ce serait alors la porte ouverte à toujours plus de surpêche !

Cette proposition est d’autant plus absurde et incompréhensible que lors de la dernière session de la CTOI l’an dernier, l’UE a rejeté une proposition de l’île Maurice de limiter le nombre de DCP par navire à 200 (une quantité que Greenpeace trouve déjà bien trop élevée !), au motif qu’aucune donnée scientifique ne justifiait ce chiffre.

Nous serions curieux de savoir où l’UE a trouvé des données scientifiques attestant qu’une quantité de 550 DCP par navire est sans danger pour la ressource !

Au cas où certains États membres l’auraient oublié, ils sont tenus par de nombreux instruments internationaux (dont l’Accord des Nations unies sur les stocks de poissons) d’appliquer le principe de précaution, à plus forte raison quand les données sont « incertaines, peu fiables ou inadéquates ».

Les capacités de pêche au thon ne cessent d’augmenter

En 2009, les pays industrialisés pêcheurs de thon (largement responsables de la surexploitation de la ressource) avaient préconisé de geler les capacités de leur flotte thonière. L’UE était à l’époque l’un des plus fervents défenseurs de cette proposition.
Mais depuis, environ 110 gros navires sont venus gonfler la flotte mondiale depuis 2009, ce qui signifie que 678 thoniers senneurs pêchent actuellement le thon tropical à plein temps.

Non seulement ces nouveaux bateaux sont plus puissants que les anciens, mais leurs filets sont en outre beaucoup plus grands et ils utilisent des DCP. D’après de récentes études, le nombre de DCP dans les océans tropicaux a été multiplié par 2, voire 4, au cours des 10 dernières années. Parallèlement à cette prolifération, la Commission des pêches pour le Pacifique occidental et central a constaté une diminution des bancs de poissons.

À qui va profiter le crime ?

Aujourd’hui, les thoniers senneurs français affirment se limiter à 200 DCP par an.
En proposant de limiter ce nombre à 550, l’UE cherche-t-elle à inciter la flotte française à multiplier par plus de deux le nombre de ses DCP ? Ainsi, cette dernière donne l’impression de vouloir inciter les opérateurs qui utilisent moins de DCP à en utiliser plus pour rester compétitifs, alors que leur prolifération cause déjà des ravages. En effet, l’augmentation du nombre de DCP aura un impact sur ceux qui n’en utilisent pas ! Des données récentes démontrent qu’il est de plus en plus difficile de pêcher du thon listao sans DCP dans l’océan Atlantique et l’océan Indien occidental.

Ainsi, ce sont les bateaux les plus gros et équipés du matériel le plus sophistiqué qui vont tirer leur épingle du jeu. Une poignée d’entreprises de pêche thonière industrielle capables de prendre en charge toujours plus de DCP et d’investir dans des technologies toujours plus redoutables.

Cette proposition de l’Union européenne a pour réelle intention de mettre hors-jeu les petits opérateurs. Elle devrait être combattue par de nombreux acteurs de l’industrie thonière, par les pays qui ne possèdent pas ces bateaux-usines équipés de DCP, mais aussi par les négociants, les revendeurs et les consommateurs responsables.

L'ONU franchit une étape cruciale pour la protection de la biodiversité en haute mer

En 2004, Greenpeace commençait à alerter les gouvernements à travers le monde et les interpellait sur la nécessité de créer un réseau global de réserves marines, couvrant 40% des océans. Les éléments scientifiques existants démontrent que, pour préserver les écosystèmes marins, il est impératif que 20% à 50% des océans soient déclarés réserves marines. Au sein de ces aires préservées, aucune dégradation, extraction, exploitation n’est possible.

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DCP artificiels : le piège à thons

L’utilisation de dispositifs de concentration de poissons pour la pêche au thon tropical génère énormément de prises accessoires. Deux à quatre fois plus que la même pêche sans DCP. Mais ce n’est pas là le seul problème causé par cette technique. L’utilisation des DCP entraine également des captures beaucoup trop importantes de thons juvéniles, qui n’ont pas eu le temps de se reproduire, et ainsi, de participer au renouvellement des stocks.
L’albacore et le thon obèse sont particulièrement concernés. Les thons juvéniles de ces espèces, qui recherchent des congénères de même taille plutôt que de la même espèce, se retrouvent sous les DCP avec des thons listao adultes, qui sont généralement petits pour des thons adultes. Conséquence : quand la senne est déployée sur ces bancs où se mélangent thons adultes et thons juvéniles, les thons juvéniles sont capturés en masse, ce qui est une menace supplémentaire pour ces populations déjà fragilisées.

La pêche thonière tropicale parmi les pilleurs des océans

Nouveau volet sur le terrain de la surpêche : Greenpeace publie aujourd’hui une liste de 20 bateaux, les monster boats (« monstres des mers »), représentatifs des navires les plus destructeurs, naviguant sous pavillon européen ou appartenant à des armateurs européens.
Cette liste pointe du doigt quelques-uns des plus éminents représentants de la surpêche dans le monde, et de la destruction de la vie marine.

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Petit Navire – 30 heures d'action : nous avons encore besoin de vous !

Durant plus de 30 heures, nous avons occupé le parvis du siège de Petit Navire. Nos activistes sont restés toute la nuit sur place pour dénoncer les techniques de pêche utilisées par Petit Navire pour se fournir en thon.

Jusqu’ici, aucun membre de Petit Navire ne s’est entretenu avec nous. Aucun membre de Petit Navire n’a répondu à nos appels. Visiblement, la marque n’assume pas et refuse de nous rencontrer.
Pas très vaillant, Petit Navire !

Petit Navire : prises accessoires, retour à l'envoyeur !

Depuis près d’un mois, nous demandons à Petit Navire de ne plus s’approvisionner en thon pêché avec des dispositifs de concentration des poissons (DCP). Cette méthode non sélective génère des rejets d’espèces capturées mais non visées, en partie des espèces menacées, qui sont ensuite rejetées à la mer mortes ou mourantes. La pêche avec des DCP engendre également la prise de thons juvéniles, albacores et obèses, qui n’ont pas eu le temps de se reproduire pour contribuer au renouvellement du stock.

Depuis 8h ce matin, nous sommes devant le siège de Petit Navire pour dénoncer ces pratiques.

Pêche au thon : du film d'animation à la réalité

Il y a deux semaines, nous lancions un film d’animation pour expliquer de manière métaphorique les problèmes que suscite l’usage des dispositifs de concentration de poissons lors de la pêche au thon. Les thons étaient remplacés par des humains et les thoniers senneurs par des vaisseaux aliens. Aujourd’hui, c’est la réalité de ce qui se passe en mer que nous vous dévoilons.

Il était un Petit Navire...

Ce samedi 18 octobre, environ 200 militants de Greenpeace se sont mobilisés dans 21 villes de France, dans des supermarchés et hypermarchés, afin de dévoiler aux consommateurs la face cachée de leurs boîtes de thon, et notamment celles de Petit Navire.

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